105e anniversaire de la première expédition à avoir atteint le pôle Sud

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Le 14 décembre 1911, vers 15 heures, Roald Amundsen plante le drapeau norvégien au pôle Sud, coiffant le Britannique Robert Scott au poteau.

Cette victoire est l’aboutissement d’une fantastique expédition impliquant 19 hommes et une centaine de chiens de traîneau. Le plus ahurissant dans cette épopée, c’est que Roald Amundsen ne vainc le pôle Sud que par dépit. En effet, c’est à l’assaut du pôle Nord que s’apprête, en 1909, Roald Amundsen, surnommé « le dernier des Vikings ». Il en rêve depuis l’enfance. Il apprend alors que les deux Américains Robert Peary et Frederick Cook l’ont devancé. Le voilà effondré. Tant d’efforts réduits à néant. Que faire ? Il décide aussitôt de se rabattre sur le pôle Sud qui reste encore à conquérir ; mais il ne faut pas tarder, car le Britannique Robert Falcon Scott est dans les starting-blocks. Roald Amundsen change ses plans dans le plus grand secret, car il craint que ses souscripteurs – le roi du Danemark et de nombreux Norvégiens – lui retirent leur aide financière devant ce changement d’objectif. En outre, il ne veut pas alerter Scott qui pourrait accélérer ses préparatifs.

« Le Fram fait route vers l’Antarctique »

Ce n’est que le 8 août 1909, à la veille de son appareillage de Kristiansand, qu’Amundsen avertit enfin deux officiers de son navire, mais uniquement eux, du changement d’objectif. Bien obligé. Quand le navire file vers le Sud, l’équipage commence à se douter de quelque chose, mais l’explorateur explique qu’il veut simplement contourner l’Amérique pour attaquer son expédition par le détroit de Béring. L’explication ne convainc pas grand monde à bord. À Madère, Amundsen dévoile enfin ses plans. Pour faire avaler la pilule à l’équipage, il explique que son objectif premier reste toujours le pôle Nord, après un crochet dans le Sud. Amundsen ne peut faire autrement que de prévenir également Scott en lui expédiant un télégramme à Melbourne, où l’Anglais doit faire escale. « Prends liberté vous informerFram fait route vers l’Antarctique » (« Beg to inform you Fram proceeding Antarctica »). Le Fram est le navire d’Amundsen, prêté par l’explorateur Nansen. Cette annonce fait l’effet d’une bombe. Les Britanniques sont révoltés. Même l’opinion publique norvégienne condamne cette tromperie.

Le 14 janvier 1911, le Fram pénètre dans la baie des Baleines taillée dans le continent antarctique. Aussitôt à terre, Amundsen dresse son camp de base. Il n’a qu’une obsession en tête : battre de vitesse Scott, qui a déjà débarqué une dizaine de jours auparavant à Ross Island. À peine installés à terre, les Norvégiens voient une voile apparaître à l’horizon, c’est celle du Terra Nova de Scott qui part se mettre à l’abri après avoir déposé les membres de l’expédition. En découvrant les Norvégiens, les marins anglais sont surpris, car ils les croyaient de l’autre côté du continent. La surprise est d’autant plus mauvaise que le camp d’Amundsen est plus proche du pôle que celui de Scott, de cent kilomètres. Le Terra Nova s’empresse de faire demi-tour pour prévenir Scott.

Sur des charbons ardents

Les deux expéditions diffèrent sur de nombreux points. Par exemple, Amundsen parie uniquement sur des chiens pour tirer les traîneaux. Scott préfère utiliser des traîneaux à moteur et des poneys de Mandchourie. Amundsen fait également un meilleur choix concernant les vêtements et les équipements. En revanche, l’Anglais bénéficie d’une meilleure connaissance du terrain puisqu’il emprunte la voie tracée par Shackleton en 1909 avant de faire demi-tour à 180 kilomètres du but.

Impossible de rallier le pôle d’une traite avec suffisamment de nourriture pour les hommes et les chiens. Aussi, Amundsen profite des quelques semaines de l’été austral pour installer trois dépôts de ravitaillement intermédiaires, sur la route du pôle. À partir d’avril, la nuit tombe et la température chute trop pour se déplacer. Jusqu’en août, les Norvégiens restent calfeutrés dans leur camp de base, coupés du reste du monde. Le 8 septembre 1911, sur des charbons ardents, Amundsen s’élance vers le pôle avec huit hommes, n’écoutant pas les conseils de prudence de son équipage lui disant qu’il fait encore trop froid. Quatre jours plus tard, il doit effectivement se résoudre à faire demi-tour.

L’attente au camp est longue. Ce n’est que le 19 octobre qu’Amundsen et ses hommes peuvent enfin repartir. Ils précèdent de douze jours l’expédition de Scott. Le Norvégien emmène avec lui quatre hommes, quatre traîneaux et cinquante-deux chiens. Ils progressent vite, jusqu’à 27 kilomètres par jour malgré d’énormes difficultés à vaincre, notamment l’escalade d’un glacier culminant à 3 200 mètres d’altitude. À la mi-novembre, vingt-sept chiens sont sacrifiés pour fournir de la viande aux autres chiens et aux hommes. Ils reprennent la route le 25 novembre, peinant dans un terrain parsemé de crevasses. Amundsen reste taraudé par l’angoisse de se faire coiffer au poteau par Scott. Le 12 décembre, grande frayeur, les Norvégiens aperçoivent des masses sombres au loin. Est-ce l’expédition anglaise ? Non, ce ne sont que les chiens endormis à l’écart. La victoire est à portée de skis.

Victoire !

Le 14 décembre, vers 15 heures, l’expédition norvégienne est la première à atteindre le pôle Sud. Amundsen est soulagé. Par précaution, il demande à ses hommes de sillonner les environs à ski durant trois jours, de façon à être certain de ne pas rater le pôle, dont la localisation exacte est difficile à obtenir avec les instruments de l’époque. Avant de prendre le chemin du retour, l’explorateur norvégien abandonne dans la tente des instruments pouvant être utiles à l’explorateur britannique Robert Falcon Scott qu’il sait être sur ses talons. Il lui laisse également une enveloppe à remettre au souverain norvégien au cas où lui-même viendrait à périr sur le chemin du retour. Comble du destin, c’est Scott qui, ayant rejoint le pôle avec trente-trois jours de retard sur son rival, mourra prisonnier de l’Antarctique.

Les cinq membres de l’expédition norvégienne regagnent leur camp de base le 25 janvier 1912, après 99 jours de marche. Sans laisser le temps de souffler à ses hommes, Amundsen quitte la baie des Baleines à bord du Fram le 30 janvier. Il est tellement pressé de répandre la nouvelle de sa victoire ! Enfin, le 7 mars, le navire atteint Hobart, d’où Amundsen envoie de nombreux télégrammes annonçant son triomphe. Dès le lendemain, il envoie le rapport complet de l’expédition au Daily Chronicle de Londres, qui lui a acheté les droits exclusifs.

Par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

Source : Le Point.

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