Premier vol dans la stratosphère avec pilote

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Le projet : démontrer le potentiel de l’énergie solaire ! Rencontre avec Raphaël Domjan, un explorateur qui marie nouvelles technologies et écologie.

« Au début j’étais seul, je n’avais que mon rêve pour convaincre. ». Un très grand rêve quand même. Raphaël Domjan se dit écoaventurier – moitié écolo, moitié aventurier donc – et a une vocation : démontrer que nous disposons aujourd’hui, ici, maintenant, tout de suite, des connaissances, des technologies, et de toutes les matières premières nécessaires pour fonctionner aux énergies renouvelables.

Mais la transition sociale et écologique, c’est sûrement intéressant, mais ça n’interpelle pas grand monde. Lui non plus d’ailleurs, avant qu’il ne reçoive en 2004 le choc qui le mettra en marche. En expédition dans le sud de l’Islande, il voulait retourner sur un glacier découvert onze ans auparavant. Quand il le retrouve, il ne peut que constater : le splendide géant a reculé de 3 kilomètres et perdu 400 mètres d’épaisseur de glace…

« À ce moment-là, le changement climatique pour moi, ce n’était plus des mots, des articles dans les journaux, c’est devenu une réalité, quelque chose de très sérieux. Je me suis assis sur un caillou, face à l’immense montagne qui se reflétait dans le lac qui s’était formé là. C’est ici que j’ai décidé de faire le tour du monde avec un bateau solaire. »

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Il faudra d’abord chercher, convaincre, expliquer… Et en 2010, à bord de PlanetSolar, le plus grand bateau solaire du monde – 35 mètres de long, 26 mètres de large, haut comme un immeuble de deux étages –, il part pour un tour du monde qui durera deux ans. Transformé en plate-forme scientifique, le catamaran alimentera plusieurs projets dont la création d’un logiciel de routage qui, sur la base de données d’ensoleillement et de météo, en intégrant le niveau de charge des batteries, peut calculer le trajet le plus efficace, et le moins consommateur d’énergie. Il est à présent utilisé par l’entreprise française Adrena, spécialisée dans le transport maritime de porte-conteneurs, et équipe tous les concurrents du Vendée Globe.

Au début j’étais seul, je n’avais que mon rêve pour convaincre.

D’autres projets suivront, et suivent encore, sans Raphaël Domjan, mais selon la volonté d’Immo Ströher, entrepreneur allemand propriétaire du bateau. Printemps 2013, la mission DeepWater part récolter des données sur le courant océanique du Gulf Stream, un des plus importants régulateurs du climat européen et nord-américain. Été 2014, l’expédition TerraSubmersa menée par l’université de Genève explore les paysages préhistoriques engloutis par les eaux dans la baie de Kiladha en Grèce, pour y repérer d’éventuelles traces d’activités humaines.

PlanetSolar – First around the world with solar energy – World Tour

De son côté, Raphaël Domjan continue de poursuivre ses rêves, et travaille sur un nouveau projet.

Changement d’altitude, mais toujours rivé sur le même cap : SolarStratos, un avion propulsé par la seule énergie solaire, devrait l’emmener à plus de 75 000 pieds au-dessus de la Terre, dans la stratosphère. Comment l’idée lui est venue ? En regardant le ciel. « Quand nous avons traversé le Pacifique avec PlanetSolar, les nuits étaient splendides, incroyablement lumineuses, la voûte céleste magnifique, et je me demandais : qu’est-ce que l’on peut faire après un tour du monde en bateau solaire ? J’ai pensé que de voir les étoiles en plein jour et la courbure de la Terre, pourrait être une aventure incroyable. C’est comme cela que l’idée m’est venue. Après, évidemment, il a fallu travailler. » À nouveau, réunir une équipe, ils sont déjà dix à temps plein, initier un certain nombre de collaborations, trouver des fonds.

Le hangar est construit, l’avion sera présenté à la presse début 2017, le premier vol pourrait se dérouler en 2018.

Mission SolarStratos

Quand vous faites des aventures, si elles ne comportent pas de risques ce ne sont plus des aventures.

Raphaël Domjan

Ici, pas de plan B. À cette altitude, les températures avoisinent les – 70 °C, pas la moindre particule d’oxygène, en cas de problème, la combinaison spatiale de Raphaël ne pourra rien pour lui : c’est la mort immédiate. Alors, en plus de l’avion, il faut s’astreindre à un entraînement de spationaute, et perdre encore 10 kilos… chaque gramme étant soigneusement alloué. Ce sera une grande première. Les Américains ont réalisé quelques vols, il y a une vingtaine d’années, avec des drones, et des modèles réduits, mais jamais avec pilote.

Le solaire reste le seul moyen d’aller dans la stratosphère.

Les moteurs à propulsion actuels nécessitent un carburant et un comburant : de l’essence, et de l’air donc. Mais là-haut, on ne peut apporter suffisamment de l’une, et l’on ne trouve pas de l’autre. En revanche, avec un avion solaire, plus on monte, plus l’ensoleillement augmente, plus il est efficace.

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Et les technologies existent : « On ne veut pas inventer les technologies de demain, on intègre celles d’aujourd’hui, mais on les combine, on les pousse à la limite pour montrer qu’elles permettent déjà de faire des choses extraordinaires. »

Mais il reste aussi beaucoup à découvrir. « C’est une zone qui est peu connue : on connaît l’espace, l’atmosphère, mais on ne connaît la stratosphère que via des ballons-sondes qui la traversent de manière extrêmement temporaire. » La mission pourra donc embarquer du matériel, pourvu qu’il soit suffisamment léger, pour réaliser des mesures sur la couche d’ozone notamment. Mais Raphaël Domjan reste prudent : « Nous avons plein d’idées au niveau scientifique et commercial pour une utilisation du solaire dans le transport aérien par exemple. Mais il faut avoir l’avion, réussir à le faire voler, faire la preuve que cela peut fonctionner. Quand on a déjà fait ce type de projets, on devient superstitieux : on est concentré sur les étapes actuelles. Après, on pourra imaginer aller plus loin, avec d’autres. » Sur les 10 millions de francs suisses que devrait coûter l’expédition, la moitié a déjà été trouvée.

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Raphaël Domjan cherche encore des sponsors.

« On va essayer de les convaincre qu’il s’agit d’une aventure qui participe à la protection du climat, au développement des énergies renouvelables, et qui fait rêver les gens. Aujourd’hui, les explorations ne sont plus là pour battre des records. Elles ont vocation à redonner un vrai sens au progrès. » Bien sûr, le tout donnera lieu à des images en direct, et un documentaire est en cours. Dans un Tedx daté de 2012, Raphaël Domjan citait Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Et il terminait son intervention non par des remerciements à son public attentif, mais par un encourageant : « S’il vous plaît… et bonne chance. »

Source : http://www.ladn.eu/

 

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