Entre rêve et cauchemar, l’alpiniste de La Celle (Allier) Marc Batard revient sur son expédition au K2

Entre rêve et cauchemar, l'alpiniste de La Celle (Allier) Marc Batard revient sur son expédition au K2

Marc Batard au K2 avec Muhammad Ali Sadpara (à gauche) et « Nims » Purja © Agence MONTLUCON

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Au K2 (Pakistan, Asie), l’alpiniste Marc Batard a vécu avec bonheur l’exploit de l’ascension réalisée par des Népalais. Mais, de retour en France, celui qui est installé à La Celle (Allier) a ensuite suivi avec effroi la disparition d’un de ses compagnons de cordée. Il raconte.

Le K2 (Pakistan), deuxième plus haut sommet du monde avec ses 8.611 mètres, porte bien son surnom : la montagne sans pitié. Cet hiver, cinq alpinistes y ont perdu la vie. Deux ont été victimes d’une chute : l’Espagnol Sergi Mingote et le Bulgare Atanas Skatov. Trois autres sont quant à eux portés disparus depuis le vendredi 5 février : l’Islandais John Snorri, le Chilien Juan Pablo Mohr, ainsi que le Pakistanais Muhammad Ali Sadpara.

Ce dernier n’est autre que le compagnon de cordée de Marc Batard, avec qui il devait gravir l’Everest en 2022. L’alpiniste Bourbonnais, propriétaire d’une maison à La Celle (Allier), était au camp de base du K2 il y a encore quelques semaines. Il a vécu en direct l’exploit des dix Népalais, première expédition au monde à atteindre le sommet en hiver. De retour en France, il a pris de plein fouet la disparition de ces trois nouveaux alpinistes. Il revient pour nous sur cet ascenseur émotionnel.

L’exploit des dix Népalais : une première en hiver sur le K2

Le 16 janvier 2021 est un jour historique pour l’alpinisme mondial. Pour la première fois en hiver, une équipe de dix Népalais, emmenée par la légende Nirmal Purja, dit « Nims » seul alpiniste à avoir gravi les quatorze sommets de plus de 8.000 mètres dans le monde en six mois, a réussi à dompter le K2. Marc Batard salue l’exploit à sa juste mesure.

Le groupe. « Moi, je leur dis bravo, ils ont fait un truc exceptionnel. Ils sont très forts physiquement et je pense que tout a été bien préparé. “Nims” a su très bien gérer les routeurs pour caler au mieux la météo. Ils sont partis à l’assaut du K2 au bon moment avec une équipe très soudée. Le dernier jour, ils ont bien travaillé en équipe. Ils avaient tous de l’oxygène sauf “Nims”. J’étais sur place et j’ai pu voir qu’il n’avait pas utilisé d’oxygène, ce qui prouve qu’il est très fort physiquement. C’est un phénomène ».

« Nims ». « Cette expédition a été montée par “Nims” qui a coopté une équipe de sherpas. C’est le seul qui n’est pas un sherpa mais ils sont tous népalais. Il parle couramment l’anglais, c’est quelqu’un de très sportif, il a déjà fait deux fois l’Everest. Il a aussi réussi dans son projet des quatorze 8.000 avec beaucoup d’oxygène c’est vrai. Mais c’est quand même un exploit. C’est quelqu’un qui a l’esprit d’équipe et qui a su monter une équipe solidaire pour porter le drapeau népalais au sommet du K2. C’est dommage que le milieu de l’alpinisme mondial ne le reconnaisse pas à sa juste valeur, même si ce n’est pas un grand technicien. Pour réussir le K2 dans ses conditions, il faut être fort ».

Le Bourbonnais Marc Batard a assisté à l’exploit historique des alpinistes Népalais au sommet du K2 (Asie)

Marc Batard ici avec « Nims » à l’Aconagua.

L’expédition au Pakistan : dix jours passés au camp de base

En ce début d’année, Marc Batard s’est donc envolé avec la journaliste Nathalie Lamoureux pour le Pakistan (Asie). L’alpiniste veut « refaire de l’altitude ». Alors, quoi de mieux que le K2 pour retrouver quelques sensations. Surtout qu’il est attendu sur place par Muhammad Ali Sadpara et son fils Sajid.

Le séjour. « On est resté presque un mois au Pakistan. Après la marche d’approche, on a passé dix jours au camp de base à 5.100 mètres. C’est là qu’on a assisté à la réussite des sherpas. En redescendant du camp de base, on a rejoint un endroit qui s’appelle Concordia qui est une jonction entre deux glaciers. On est reparti avec l’équipe de Népalais qui avait réussi le K2, je me suis retrouvé avec eux dans un gros hélicoptère de l’armée pakistanaise ».

Les objectifs. « J’étais là pour voir Muhammad et son fils. Quand je suis arrivé, Muhammad voulait absolument que je grimpe sur le K2. Je lui ai dit non car je n’avais pas l’autorisation officielle. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème, que l’officier de liaison serait d’accord. Je lui ai répondu que je monterai uniquement s’il y avait besoin pour un secours. Je suis donc resté au camp de base qui se trouve au pied du K2, c’est un endroit magnifique ».

« Si j’avais voulu grimper, j’aurais pu. L’officier de liaison était d’accord. Ce que je voulais surtout, c’était refaire des globules rouges, revoir Muhammad et accompagner Nathalie. Je n’étais pas du tout frustré de ne pas grimper. Et je n’ai plus la motivation que j’avais quand j’avais 30 ans. Le K2 en hiver c’est très, très dur psychologiquement au niveau du froid ».

Quelques mois après une rupture d’anévrisme, l’alpiniste bourbonnais Marc Batard s’est donc envolé pour le K2 en janvier 2021

Les trois alpinistes disparus : un nouveau drame sur le K2

Le 5 février dernier, trois alpinistes, John Snorri, Juan Pablo Mohr et Muhammad Ali Sadpara, sont portés disparus à 8.200 mètres d’altitude. Sadji, qui accompagnait son père, avait dû redescendre à cause d’un problème technique sur sa bouteille d’oxygène. Marc Batard est, lui, déjà rentré dans son village de La Celle, dans l’Allier, depuis quelques jours.

L’ascension. « John et Muhammad attendaient d’avoir une fenêtre météo pour pouvoir tenter l’ascension. Malheureusement, il s’est passé ce qu’il s’est passé. Je savais qu’il voulait le tenter avec son fils qui avait déjà fait le K2 en été, il y a deux ans. J’étais quand même anxieux. Les derniers mots que je leur ai dit à quatre heures du matin quand ils se sont levés pour nous dire au revoir, c’est “Faites attention. Le principal, ce n’est pas le K2, c’est la vie”. Pour l’instant, on ne sait pas ce qui s’est passé. Là où ils ont disparu, c’est un endroit où il y a des risques de chutes de séracs. Personne n’a rien vu, c’est un mystère total ».

Le personnage. « Cela fait presque trois ans que je connais Muhammad. Il était venu trois fois en France, on avait fait deux hivernales à Chamonix et de l’escalade dans les gorges de la Sioule. Au début, il était surtout considéré comme un porteur. Quand on s’est connu, il a vu que je pouvais lui amener de la technique, il avait une grande motivation pour progresser techniquement. Comme un gamin de 18 ans. C’est l’alpiniste le plus connu au Pakistan. Il avait déjà été médiatisé du fait d’être le premier à avoir fait le Nanga Parbat (Pakistan) en hiver, avec deux compagnons dont un Italien. Après, il avait fait deux fois le K2 ».

Marc Batard entouré de Muhammad Ali Sadpara et de son fils Sajid.

Muhammad Ali Sadpara, le compagnon de cordée du Bourbonnais Marc Batard, porté disparu sur le K2 au Pakistan

L’Annapurna (Népal) dans le viseur.
Marc Batard devrait partir pour l’Annapurna autour du 20 mars. « Pour l’instant, le Népal est ouvert, précise l’alpiniste. Je vais m’allier à l’équipe de “Nims” qui travaille avec une grosse agence de sherpas. Ils seront sur l’Annapurna et ils vont m’offrir toute la logistique. Ce qui nous permettra de faire des économies. Je vais partir uniquement avec Pasang (Pasang Nuru Sherpa) et peut-être le fils de Muhammad. Il va remplacer son père et sera avec nous à l’Everest. Il aime la montagne et le risque et il veut que je lui enseigne les techniques. L’objectif, c’est d’aller au sommet. On y sera au printemps, les conditions seront plus acceptables ».
Marc Batard ici avec Pasang Nuru Sherpa (au centre) et Muhammad Ali Sadpara (à droite).

Fabrice Redon

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